Quand le vent balaie les hauts plateaux du Cézallier, que les troupeaux de salers ponctuent les prairies et que l’horizon semble ne jamais finir, l’Auvergne prend des airs de steppe. La la petite Mongolie auvergnate désigne ce territoire sauvage du Cézallier, apprécié pour ses tourbières, ses lacs volcaniques et ses itinéraires de randonnée. Je vous propose ici les sites naturels à voir, les parcours adaptés à chaque niveau et les précautions utiles pour profiter du paysage sans l’abîmer.
Les repères essentiels pour découvrir les grands espaces du Cézallier
- Le Cézallier s’étend entre environ 1 200 et 1 600 mètres d’altitude.
- La Godivelle est le meilleur point de départ pour observer deux lacs et des tourbières protégées.
- La boucle de Jassy propose 14,3 kilomètres de marche, environ 4 heures et 321 mètres de dénivelé positif.
- Le Tour des Vaches Rouges atteint environ 135 kilomètres et se parcourt en plusieurs jours.
- Le vent et l’humidité peuvent rendre les conditions difficiles, même en plein été.

Le Cézallier offre une véritable impression de steppe
Le surnom vient d’abord de l’échelle du paysage. Sur ce vaste ensemble de plateaux volcaniques, les arbres se font rares, les reliefs restent doux et les prairies d’altitude s’ouvrent largement jusqu’aux lignes bleutées des monts voisins. On marche souvent avec la sensation d’être seul au monde, alors que l’on se trouve au cœur du Massif central.
Le Cézallier couvre plus de 500 km² et se partage principalement entre le Cantal, le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire. Son sous-sol volcanique, formé notamment de coulées de basalte, a ensuite été modelé par les glaciers. Cette histoire explique la présence de cuvettes, de lacs, de vallons et de zones humides qui donnent au plateau son aspect si particulier.
Une Mongolie auvergnate, mais beaucoup plus humide
La comparaison avec les steppes mongoles reste une image, pas une équivalence géographique. Ici, le climat est frais et océanique, les pluies sont fréquentes et les sols peuvent rester détrempés plusieurs jours. C’est précisément cette humidité qui nourrit les tourbières et les prairies d’estive, deux milieux essentiels au caractère du site.
Ce que j’apprécie le plus dans ce paysage, c’est son changement permanent. Une même pente peut paraître douce et lumineuse le matin, puis devenir presque théâtrale sous un ciel chargé. Il faut donc venir pour l’espace, mais aussi accepter une météo qui fait partie de l’expérience.
Les sites naturels à placer sur votre itinéraire
La Godivelle et ses deux lacs
Le village de La Godivelle constitue une excellente base pour une première découverte. Il se trouve entre le lac d’En-Haut, d’origine volcanique, et le lac d’En-Bas, lié aux anciens reliefs glaciaires. Leur proximité permet de voir, sur une courte distance, deux paysages nés de phénomènes géologiques différents.
Le lac d’En-Bas est associé à la Réserve naturelle nationale des Sagnes de La Godivelle. Celle-ci protège un ensemble de quatre tourbières et un lac, sur environ 144 hectares. Les zones humides abritent une flore spécialisée, des amphibiens, des libellules et parfois des plantes carnivores.
Les tourbières et les sagnes
Une tourbière est une zone humide où l’accumulation lente de végétaux forme de la tourbe. Le sol y est pauvre en oxygène et gorgé d’eau, ce qui ralentit la décomposition. Pour le promeneur, cela se traduit par une végétation basse, des tapis de sphaignes et des couleurs souvent plus subtiles que spectaculaires.
La réserve se découvre en partie depuis des sentiers aménagés, mais l’accès aux secteurs les plus fragiles est réglementé. Le sentier sur pilotis n’est accessible que dans le cadre de visites guidées. Cette restriction peut sembler frustrante, pourtant elle protège un milieu qui se dégrade rapidement sous le piétinement.
Les estives, les burons et les troupeaux
Les estives sont les pâturages d’altitude utilisés pendant la belle saison. Elles expliquent la présence des vaches salers, reconnaissables à leur robe acajou et à leurs longues cornes, ainsi que celle des anciens burons, ces bâtiments autrefois dédiés à la fabrication du fromage.
Ces éléments agricoles ne sont pas un simple décor. Ils montrent que le paysage a été façonné par un équilibre entre élevage extensif et milieux naturels. Lorsque je conseille une balade dans le Cézallier, j’encourage toujours à regarder autant les traces de cette activité pastorale que les panoramas.
Quelle randonnée choisir selon votre expérience
Le plateau convient aussi bien à une promenade familiale qu’à une itinérance engagée. La difficulté vient moins de pentes très raides que de l’altitude, du vent, de la longueur des étapes et de l’absence de services sur certains secteurs.
| Parcours | Durée ou distance | Pour quel public |
|---|---|---|
| Découverte autour de La Godivelle | Quelques heures selon la boucle | Familles et marcheurs occasionnels |
| Boucle de Jassy | 14,3 km, environ 4 h, 321 m de dénivelé positif | Marcheurs habitués |
| GR 30 autour des lacs d’Auvergne | Portions locales ou itinérance plus longue | Randonneurs autonomes |
| Tour du Cézallier ou Tour des Vaches Rouges | Environ 135 km, généralement sur une semaine | Randonneurs préparés à l’itinérance |
Pour une première sortie, je recommande la boucle de Jassy si vous marchez régulièrement. Elle offre un aperçu complet du Cézallier avec les lacs, les tourbières, les prairies et les reliefs glaciaires, sans demander l’organisation logistique d’un trek de plusieurs jours.
Les familles peuvent privilégier une promenade plus courte près de La Godivelle ou une animation naturaliste. En été, les visites guidées des tourbières durent environ 2 heures et sont accessibles aux enfants à partir de 4 ans. Les tarifs annoncés pour 2026 sont de 5 euros pour un adulte, 2 euros pour les 10 à 16 ans et la gratuité pour les moins de 10 ans, sous réserve d’actualisation.
La meilleure saison dépend du paysage que vous voulez voir
De mai à octobre pour les grands espaces
La période la plus simple pour randonner s’étend généralement de la fin du printemps au début de l’automne. En juin et juillet, les prairies sont très vertes et la floraison anime les zones humides. En septembre et octobre, la lumière devient plus rasante, les couleurs changent et la fréquentation baisse.
L’été n’est pas forcément synonyme de chaleur. À plus de 1 200 mètres d’altitude, une matinée fraîche, un brouillard soudain ou une averse peuvent modifier rapidement l’ambiance. Je pars toujours avec une veste imperméable, même lorsque le ciel paraît parfaitement dégagé au départ.
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En hiver avec une vraie préparation
Sous la neige, les plateaux prennent une allure encore plus dépouillée. Les raquettes, le ski de fond et parfois le ski de randonnée permettent d’explorer le secteur, mais les repères habituels peuvent disparaître. Il faut vérifier l’état des accès, la météo, l’enneigement et la visibilité avant de partir.
La randonnée hivernale demande aussi davantage d’autonomie. Prévoyez une carte, une batterie externe, des vêtements chauds et suffisamment de nourriture. Sur un plateau ouvert, le vent froid fatigue bien plus vite que ne le laisse penser le dénivelé.
Les bons réflexes pour marcher sans fragiliser le site
Les tourbières sont particulièrement vulnérables. Un raccourci pris à pied peut endommager une végétation qui met des années à se reconstituer. Dans la réserve, il faut rester sur les itinéraires autorisés, ne rien cueillir et respecter les consignes affichées.
- Gardez les chiens en laisse et vérifiez les règles propres à la réserve, où les chiens et les drones sont interdits.
- Refermez les clôtures après votre passage.
- Gardez vos distances avec les troupeaux et ne nourrissez jamais les animaux.
- Emportez vos déchets, y compris les mouchoirs et les restes alimentaires.
- Évitez de vous engager sur un itinéraire long sans eau ni moyen de consulter la carte hors connexion.
Cette attention profite aussi aux habitants et aux éleveurs. Le Cézallier est un espace habité et travaillé, pas un décor vide. Une halte dans un village, un repas local ou l’achat d’un produit fermier prolonge la découverte tout en soutenant une économie qui contribue à maintenir les paysages ouverts.
Une première découverte qui tient en une journée
Pour une journée bien équilibrée, commencez par La Godivelle et ses deux lacs, puis consacrez du temps à l’observation des tourbières depuis les aménagements autorisés. Si votre condition physique le permet, poursuivez avec la boucle de Jassy ou une portion du GR 30.
Le bon rythme consiste à prévoir plus de temps pour regarder que pour accumuler les kilomètres. Dans cette partie de l’Auvergne, le silence, les changements de lumière et l’immensité du plateau sont les véritables points forts. C’est ce qui rend cette steppe française mémorable, bien au-delà d’un simple surnom touristique.